Hôtel Echo

d'Eléonor Gilbert

Hôtel Echo

Au cours d'un mois d'été en Ardèche, je guette les départs de feux avec une amie, Maria.
Depuis une tour au sommet d'une montagne, nous transmettons chaque jour l'état de notre poste de guet par radio :
« Vitesse du vent, visibilité en kilomètres... ».
Sous nos yeux la vue immobile change sans cesse de forme, il ne faut pas se tromper en donnant le signal, et c'est parfois une vapeur, des poussières que nous décelons avant que ne monte la fumée rousse d'un gros feu de forêt.

Isolées et partageant le quotidien dans la tour, le mois de guet depuis les sommets devient le lieu d'une introspection. Je reviens sur une expérience personnelle de violence conjugale qui sera contée par bribes et viendra scander et résonner avec notre activité de guetteuses. Quand et comment voit-on et comprend-t-on ce qui se vit ? Quand donne-t-on l'alerte ?

Dans ce film une situation en éclairera une autre, par contraste. D'un côté un protocole pour parler des fumées, de l'autre des histoires intimes qu'il est difficile de verbaliser.

Guetteuses du paysage, nous deviendrons aussi les archéologues d'une histoire passée pour essayer d'en comprendre les épisodes, tandis que notre temps présent sera rythmé par les feux à déclarer au plus vite. Les promenades dans la forêt à l'aube ou tard dans la nuit, briseront la circularité de nos jours à guetter pour laisser place aux récits qui traverseront le film.

Le film s'ouvrira par une promenade dans la forêt et le conte Barbe bleu, pour interroger les moments où une situation bascule, où le normal n'est plus. Ce prologue mettra le film sur la voie du conte tout en amenant vers une situation documentaire qui se déroule dans le présent, où nous guettons.
Le film sera le lieu d'un tissage, où se rassemblent deux registres. Deux femmes dans une tour de guet, avec des outils pour voir le danger et le nommer. Des récits de violence conjugale où on ne voit pas le danger s’installer.